01 décembre 2010
chaabi techno
12 septembre 2010
Le bonus
Le bonus
« Réveille-toi ! Réveille-toi ! » Criait la maman en remuant le petit Hassan qui n’arrivait pas à ouvrir les yeux ; mais sa maman ne le quitta que lorsqu’il s’était levé. Cheveux ébouriffés, odeur suffocante, mine triste et les deux petites oreilles volontairement sourdes assourdies encore par la voix coléreuse de la mère venant de la cuisine. Elle lui disait qu’il était huit heures moins quart. Alors Hassan fit sa toilette à la hâte, chercha son cartable, le mit sur le dos, pris du pain et déserta la maison vers son école.
Il marchait lentement, ce n’était pas la première fois qu’il arriverait en retard à l’école, cela lui était arrivé à cinq reprises cette année. Pendant les trois kilomètres qu’il parcourait six fois par semaine et deux fois par jour, Hassan pensait sérieusement à ce qu’il allait donner comme réponse à son maître lorsque ce dernier lui demanderait pourquoi il était en retard. Jouer le malade ; il l’avait fait trois fois cette saison, d’ailleurs il n’avait pas l’air de souffrir de quoi que ce soit. Il se donnait beaucoup de mal et réfléchissait avec une grande application pour trouver une raison crédible et susceptible de justifier son retard, et ainsi échapper à la punition ; car malheureusement il était souvent gratifié par la généreux bâton du maître, non seulement pour son retard fréquent mais aussi pour les devoirs oubliés ou non faits à la maison, pour une mauvaise réponse en classe ou tout simplement à cause de ses querelles à répétition avec les filles lors de la récréation.
Un seul kilomètre qui le séparait de l’école, cependant il n’avait pas encore réussi à inventer le prétexte qui pouvait dissuader le maître de lui filer sa part quotidienne de bâton.
Soudain il entendit une voix rageuse hurlant derrière lui ; c’était le petit berger de monsieur Jilali qui lui jetait des insultes accompagnées de pierres. Hassan essaya de se protéger tant qu’il pouvait de cette avalanche brusque de cailloux venant de partout, mais c’était déjà trop tard, deux pierres l’avait sérieusement touché ; une au bras droit et l’autre plus grave à la tête, le sang descendit le long de son front. Le petit berger, apercevant le sang, s’éloigna en vociférant : « La prochaine fois je te tuerai… »
Hassan allongé par terre, essuya le sang à l’aide des manches de son tricot, chercha son pain le mit dans le cartable et continua son chemin en regardant son agresseur avec une colère désarmée et des yeux larmoyants.
Enfin arrivé à l’école, il entra en classe avec une heure de retard, le tricot souillé de sang et de boue, les joues pâles et les yeux exorbités.
_ Qui t’a fait ça ? Demanda le maître
_C’est le berger de Hadj Jilali, il m’a lancé des pierres avant de se sauver, lui répondit-il
Alors le maître lui fit signe de s’approcher, il examina la blessure en lui disant ce n’est pas grave et lui demanda de poser le cartable et de le suivre pour qu’il lui fît un pansement.
A la fin de la séance, le maître demanda à Hassan :
_ Comment tu te sens maintenant ?
_ Très bien monsieur.
_ Mais tu ne m’a pas dit pourquoi le berger t’a agressé.
Hassan baissa la tête et balbutia quelques mots inintelligibles en transpirant, le maître ne s’aperçut pas de la situation burlesque de Hassan, mais les élèves en riaient.
Entendant les rires, il demanda :
_ Pourquoi vous riez ?
_ Hassan est en train de mentir, répondit un élève
_ Il est devenu tout rouge comme une tomate bien mûre, ajouta une autre
_ Alors vous savez la raison pour laquelle le berger a agressé Hassan, dit le maître
_ Oui monsieur, répondit toute la classe d’une seule voix
_ Qui peut donc me raconter l’histoire ?
_ Moi monsieur, se proposa Sana
_ Vas-y Sana je t’écoute !
La fillette de dix ans récita les tenants et les aboutissants de l’histoire en prenant beaucoup de plaisir et en esquissant quelques rires : « Avant-hier, monsieur, Hassan a volé la gourde du petit berger et l’avait apportée avec lui à l’école, pendant la récréation, il l’avait montrée à tous les élèves, même au fils de Hadj Jilali qui a dit au berger que c’est Hassan qui lui a volé sa gourde, le berger nous a promis de se venger, ce qu’il a fait ce matin. »
_ Et où est la gourde ? demanda le maître
_ Elle est dans le musée de la classe, répondit Sana
Le maître se dirigea vers le musée, pris la gourde et demanda à Hassan : » C’est la gourde de qui ? »
Hassan baissa la tête et resta silencieux, honteux et glacé de peur, le maître regagna le bureau, chercha le fameux bâton et dit : « Voler et mentir, ça mérite une récompense ! »
Ce jour-là Hassan, en plus de sa part quotidienne de bâton, avait eu un petit bonus.









